Ravage de Barjavel

Ravage de Barjavel dans 03. Beaux Livres 9782070362387

Entre quelques immersions dans l’intimité épistolaire de Vincent Van Gogh, j’ai assisté à la chute des villes en 2052, dans le roman Ravage de René Barjavel. Une catastrophe inexorable, je dirais.

« Les temps nouveaux » déversent une avalanche de progrès techniques. Petite parenthèse, nous sommes à l’aube de certaines des inventions décrites par Barjavel : nos distributeurs automatiques aboutiront sûrement à la restauration automatisée, par exemple. Comme dans la Nuit des temps, du même auteur, le progrès scientifique a distancé, de loin, le progrès moral. Le coeur de l’homme est immuable : amour, haine, jalousie, convoitise demeurent. Une guerre oppose deux grands blocs.

Le développement excessif des avions, des voitures, de certaines énergies comme la quintessence entraîne « la chute des villes ». L’électricité disparaît subitement, le fer perd certaines de ses propriétés. Les voitures sont immobilisées, une nuit profonde tombe sur la Paris. La décadence humaine se fait alors par étapes : un retour aux anciens modes de transport, avec le cheval et les bicyclettes, aux armes moyen-âgeuses et rudimentaires pour obéir à la loi de la jungle, aux anciennes épidémies comme le choléra, à la condition animale. Les hommes s’abandonnent en effet à leur instinct, tuent, volent pour manger.

Au fond de l’homme, du héros François, reste la nostalgie d’un autre monde, opposé à celui de l’animalité. Cette foi va le conduire, avec la jeune Blanche et une poignée de compagnons, sur « le chemin des cendres ». Le mal destructeur l’emporte dans la ville, devant lequel fuit le groupe. Loin des villes, la nature déploie sa force, par le feu implacable et purificateur. Le livre prend une dimension biblique et épique. Comme sur une arche de Noé, le groupe survit à l’épreuve du feu sur un radeau, avec les animaux. Ils débarquent dans un monde neuf, purifié : la vie de ville lointaine est morte. Les hommes se retrouvent de plus en plus nus… Le groupe découvre avec horreur que l’humanité a reculé jusqu’au stade premier, celui de larve dans le milieu originel de l’eau. La naissance de l’enfant d’une femme du groupe, dans une vallée fleurie, symbolise la création nouvelle, dans un nouvel Eden, mais sans le mal originel : un couple de vieux bergers, bons et généreux, remplace le serpent biblique.

Les rescapés, après avoir lutté contre les incendies et contre eux-mêmes, parviennent à destination, en Provence dans le village familial du héros. François devient « le patriarche » à l’image d’Abraham, fondateur d’un nouveau peuple, d’une nouvelle civilisation basée sur une vie simple d’agriculteurs. Mais l’homme va réinventer la machine… Comme le disait Einstein, « il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine… Mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue. »

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Dans la société « évoluée » que nous décrit Barjavel, les personnes qui ne sont pas « normales, moyennes », reçoivent un traitement d’électrochocs – dans le but d’en faire des citoyens utiles à la nation. Avec beaucoup d’ironie, l’auteur dresse la liste de ces personnes : les simples énervés, anxieux, les distraits, les vantards, les mous, les coléreux etc… La normalité est un critère flou et dérisoire – nous sommes tous « fous », à des degrés divers.

Dans « le patriarche », tout livre appartenant à société high tech qui vient de s’éteindre, sont brûlés sur ordre de François. J’ai souri en lisant plus loin que seuls quelques livres de poésie sont conservés, car « ce sont des livres qui ne furent dangereux qu’à leurs auteurs… » Comme disait Rimbaud, « il est des destructions nécessaires ». Pour le bien de tous.

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Plus une société est évoluée techniquement parlant, plus elle est vulnérable. C’est une aliénation, ces machines étrangères à l’homme qui n’est plus maître de leur fonctionnement. Une dépossession : privé de sa coquille high tech, l’homme est comme une huître, mou, immensément fragile. L.C.

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« Tout cela [...] est notre faute. Les hommes ont libéré les forces terribles que la nature tenait enfermées avec précaution. Ils ont cru s’en rendre maîtres. Ils ont nommé cela le Progrès. C’est un progrès accéléré vers la mort. Ils emploient pendant quelque temps ces forces pour construire, puis un beau jour, parce que les hommes sont des hommes, c’est-à-dire des êtres chez qui le mal domine le bien, parce que le progrès moral de ces hommes est loin d’avoir été aussi rapide que le progrès de leur science, ils tournent celle-ci vers la destruction. » R.B.

3 commentaires à “Ravage de Barjavel”


  1. 0 mamini 12 nov 2008 à 12:24

    bonjour azumi,
    Que de beaux discours dans tes billets, tu es une personne instruite,cultivée, j’aimerai en être une. Le savoir apporte beaucoup de chose , on se sent plus importante, on voit davantage les choses, car souvent je n’arrive pas toujours à dire ou comprendre exactement le terme qui convient.

    Mais j’aime à visiter ton blog qui est rempli de sérénité, de bien être et aussi de « juste » je pense que tout cela te refléte.
    Je te souhaite une bonne fin de semaine
    Bisous de mamini.

    Dernière publication sur  : Musique

  2. 1 Azumi 13 nov 2008 à 19:08

    Bonsoir Mamini,
    Merci à toi, je te souhaite aussi une bonne fin de semaine. Je passe au fouretout dès que possible.

    Bisous.

  3. 2 rvallou 10 déc 2008 à 21:29

    Bonsoir Azumi,

    Je me souviens de ce livre, je devais le lire à l’époque en classe…ça remonte lol
    Bonne soirée,
    Amicalement,
    Rvallou

    Dernière publication sur Mon monde à moi : Bye bye mon Twix...reposes en paix

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